Depuis 2021, le Fonds au profit des victimes de la Cour pénale internationale
FPV/CPI, a entrepris des actions visant à panser les blessures de la crise à travers une approche de réparation holistique, incluant un soutien psychologique, médical, social et économique. En lien avec les communautés locales et les associations de victimes, une volonté forte a émergé : ériger des œuvres mémorielles durables pour honorer la mémoire des disparus et rappeler les souffrances endurées.
Après la pose de la première pierre le 3 mars 2024 à Abobo, en souvenir de la marche des femmes réprimée, les stèles ont été achevées et dévoilées ce 11 avril.
Cette date, hautement symbolique, commémore les 14 ans de la fin officielle de la crise qui fit près de 3 000 morts et des milliers de blessés.
« Pour ne jamais oublier. Pour avancer ensemble. »
Au nom des victimes, Gossé Marie Madeleine, rescapée de l’attaque de Yao Séhi à Yopougon, a livré un témoignage poignant.
Évoquant les cinq événements tragiques marqués dans les mémoires – la marche des femmes d’Abobo,
le bombardement du marché Siaka Koné, les attaques d’Anonkoua Kouté, de Doukouré et de Yao Séhi – elle a exprimé la douleur toujours vive, mais aussi la force du pardon.
« Ce que nous, les fils et filles d’Abobo et de Yopougon, avons appris de ces crises, c’est que la paix est la chose la plus importante », a-t-elle déclaré.
« Nous lançons un appel pour que cela ne se reproduise plus. Plus jamais ! »
Elle a également salué les efforts de l’État, du FPV/CPI, et des ONG partenaires WANEP, AVSI et DRAO, tout en remerciant les autorités municipales pour leur soutien logistique.
Ces stèles, a-t-elle souligné, « sont synonymes de reconnaissance et d’espoir », mais aussi un outil de transmission de la mémoire aux jeunes générations.
Un hommage porté par les institutions
Le Directeur des services judiciaires de la CPI, Marc Dubuisson, a salué la résilience des victimes et l’engagement collectif en faveur de la paix :
« Ces œuvres sont les vôtres.
Elles vous appartiennent.
Elles témoignent de vos souffrances pour un avenir sans violence. »
Selon lui, cette démarche de reconnaissance est une responsabilité partagée entre la justice internationale, les États et les sociétés civiles.
« Aujourd’hui, c’est le temps de la mémoire »
Prenant la parole à son tour, la ministre de la Cohésion nationale, de la Solidarité et de la Lutte contre la pauvreté, Myss Belmonde Dogo, a rappelé que ces stèles répondent à une décision du Conseil national de sécurité, présidé par le Chef de l’État, Alassane Ouattara.
Elle a insisté sur la nécessité de tirer les leçons du passé :
« Nous devons nous en souvenir non pas pour exhumer les haines, mais pour garantir la non-répétition. »
S’adressant aux jeunes, elle a lancé un appel à rejeter la violence comme mode d’expression politique.
En cette année électorale, la ministre a exhorté les Ivoiriens à faire preuve de maturité démocratique, en œuvrant pour une élection présidentielle sans violence.
« Les violences électorales ne sont pas une fatalité », a-t-elle insisté.
« Engageons nous tous à faire mentir cette maxime selon laquelle les mêmes causes produisent les mêmes effets. »
par Donald GONLI. 