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Contribution – Alassane Ouattara a-t-il réussi à imposer un nouvel ordre politique en Côte d’Ivoire ?.
Contribution - Alassane Ouattara a-t-il réussi à imposer un nouvel ordre politique en Côte d’Ivoire ?. Non classé

Contribution – Alassane Ouattara a-t-il réussi à imposer un nouvel ordre politique en Côte d’Ivoire ?.

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Contribution- Alassane Ouattara a-t-il réussi à imposer un nouvel ordre politique en Côte d’Ivoire ?.

Le premier ordre politique a été établi par le Président Félix Houphouët-Boigny dont les 33 années de gouvernance ont été essentiellement consacrées au développement de la Côte d’Ivoire et à la construction de la Nation ivoirienne.

Malheureusement après le décès du père fondateur, la Côte d’Ivoire subit plusieurs tentatives d’instauration d’un nouvel ordre politique. Il s’agit de l’ivoirité instaurée pour prôner l’exclusion, du coup d’état de 1999, de l’avènement de la refondation et de la rébellion de 2002.

Toutes ces tentatives ont contribué à fragiliser l’unité de la nation, le tissu social et le développement harmonieux de notre pays instauré par feu Félix Houphouët-Boigny.

Du PDCI-RDA de FHB sont sortis le RDR de Alassane Ouattara et l’UDPCI de Albert Mabri Toikeusse pour ne citer que ces principales formations politiques de droite.

Face au péril menaçant la nation, une volonté d’instituer un nouvel ordre politique en Côte d’Ivoire est née le 18 mai 2005 à Paris sur les bords de la Seine quand les héritiers du père fondateur Félix Houphouët-Boigny (FHB) ont décidé de s’unir. Henri Konan Bédié (PDCI-RDA), Alassane Ouattara (RDR), Albert Mabri Toikeusse (UDPCI) et Anaky Kobena (MFA) créent le groupement politique dénommé le « Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix » en abrégé RHDP.

L’objectif clair et sans ambiguïté était de reprendre et surtout pérenniser l’immense œuvre de développement économique et social conduit avec succès par feu Félix Houphouët-Boigny, 1er Président de la République de Côte d’Ivoire, Président du PDCI-RDA, père de la Nation ivoirienne, créateur de la Côte d’Ivoire moderne.

Dans une vision plus large, le RHDP veut rassembler celles et ceux des filles et fils de ce pays qui épousent les valeurs, l’idéal politique, la vision stratégique de Félix Houphouët-Boigny.
Cet ensemble de valeurs nobles va constituer l’épine dorsale de la philosophie politique des héritiers de Félix Houphouët-Boigny.

L’houphouëtisme qu’est-ce que c’est ?

Nous y répondrons à grands traits :
-le dialogue,
-la concertation,
-le rassemblement,
-la paix.
Félix Houphouët-Boigny, le père de la Nation ivoirienne, s’est toujours voulu rassembleur, un homme de paix. Rassembler toutes les forces vives de la Nation pour construire notre pays dans la paix, la solidarité agissante et le bonheur partagé.

Alassane Ouattara, en se faisant élire président en Octobre-Novembre 2010, s’est engagé très tôt à poursuivre l’immense œuvre de développement du père de la Nation ivoirienne à travers l’outil politique qu’est le RHDP, groupement politique ensuite mué en parti unifié.

Le 26 janvier 2019, au cours d’un congrès ordinaire du RHDP, Alassane Ouattara a retracé le parcours de création du parti RHDP, composé pour l’essentiel des enfants de FHB. Il a salué la solidarité des filles et des fils de Félix Houphouët-Boigny pendant la crise post-électorale de 2010 et la gestion commune des affaires l’Etat qui s’en est suivie jusqu’en 2018.

Il a rappelé les alliances de circonstance aux contenus douteux, qui ont été brisées dès que les objectifs personnels n’ont plus été assurés. Il estime que ces alliances ne sont pas gages de stabilité pour le pays.
Poursuivant, il a rendu un vibrant hommage à Félix Houphouët Boigny qui a montré le chemin et méritait la pérennisation de ses œuvres, l’immortalisation de son testament politique et de son nom et la poursuite de son action de rassemblement, de paix et de modernisation de la Côte d’Ivoire.

Que vise Alassane Ouattara à travers l’houphouëtisme ?

Félix Houphouët-Boigny avait choisi de rassembler au-delà de la diversité ethnique de la nation au moyen de la modernisation économique en ne séparant pas la question de la construction d’une nation à celle du développement de celle-ci.

L’houphouëtisme est donc un principe d’unité dans la diversité au service du développement à travers des valeurs telles que la paix, la discipline et le travail.

Le projet du Président Ouattara consiste à poursuivre sur cette voie à travers le parti politique RHDP. Il expliquait que son souhait était de voir tous les partis de droite se retrouver dans un grand parti, le RHDP, et ceux de gauche dans un autre parti en face pour que le jeu politique se déroule alternativement entre ces deux blocs.

Cet objectif a-t-il été atteint ?

Hélas, au sein du RHDP, les ambitions des uns et des autres ont conduit à la fracture de l’alliance à l’approche de la présidentielle de 2020 sur la question du choix du candidat.

Henri Konan Bédié et Soro Guillaume, les principaux alliés, ont rejoint Gnamien Konan et Aka Ahizi dans l’opposition.

Cette division s’est accentuée avec le choix du candidat, feu le Premier ministre Amadou Gon, par le départ de Albert Mabri Toikeusse et Marcel Amon Tanoh dont les ambitions personnelles ont été contrariées comme les deux premières personnalités citées.

On peut rajouter à cette liste, sans risque de se tromper et en raison des motifs de sa démission, l’ex Vice-président de la République Daniel Kablan Duncan.

Cette posture de Henri Konan Bédié allie incohérence et démagogie contre l’houphouëtisme dont il se réclame. Sinon, quel houphouëtiste trouverait des raisons valables pour s’associer à la gauche qui n’a jamais cessé de combattre l’houphouëtisme ?

Se départir et critiquer une gestion publique commune de huit années (2010 – 2018), après une alliance idéologique de treize (13) années (2005 – 2018), pour aboutir à une candidature personnelle, apparait clairement aux yeux de tous comme la poursuite d’un dessein personnel, l’unique raison du divorce, loin de l’intérêt général du PDCI-RDA et de l’houphouëtisme.

Mais soit ! Deux blocs se sont formés en 2020 :
-Le RHDP composé principalement de caciques du RDR et du PDCI-RDA ;
-La nouvelle opposition dirigée par Henri Konan Bédié et composée du PDCI-RDA, du FPI de Pascal Affi N’Guessan, de EDS du Pr. Ouégnin (pro Gbagbo), du GPS de Soro Guillaume, du COJEP de Charles Blé Goudé, de l’UDPCI de Albert Mabri Toikeusse, de Gnamien Konan et de Marcel Amon Tanoh et de plusieurs autres petits partis.

Le bloc de l’opposition comprend un parti significatif de droite (PDCI-RDA) et un parti de gauche (FPI) ou une plateforme de gauche (EDS).

En raison du brusque décès de Amadou Gon Coulibaly, Alassane Ouattara est contraint de se représenter et remporte la présidentielle d’octobre 2020, malgré le boycott actif d’une opposition qui a tenté de provoquer une insurrection (ex-CNT).

Trois mois après la présidentielle, le bloc de l’opposition connaît une fracture :
-Le FPI d’Affi N’Guessan, ne parvenant pas à obtenir une alliance avec le PDCI-RDA, décide de faire cavalier seul dans une bataille Républicaine avec le pouvoir RHDP ;
-L’EDS du Pr. Ouégnin (pro Gbagbo) a trouvé un accord avec le PDCI-RDA pour des candidatures consensuelles aux législatives ;
-Le GPS de Soro Guillaume boycotte le scrutin et enregistre le départ de certains de ses membres vers le RHDP ;
-Le COJEP de Charles Blé Goudé boycotte le scrutin législatif et négocie, avec le pouvoir RHDP, le retour de leur leader en Côte d’Ivoire ;
-L’UDPCI d’Albert Mabri Toikeusse vient d’adhérer à la nouvelle plateforme politique d’Affi N’Guessan ;
-Marcel Amon Tanoh s’excuse auprès du Président Ouattara et s’éloigne de l’opposition ;
-Mme Simone Gbagbo, figure tutélaire du FPI (pro-Gbagbo), accusée par des proches de Gbagbo de vouloir « faire cavalier seul ».

Quel diagnostic peut-on faire de cette cartographie actuelle du paysage politique ivoirien ?
Ouattara a-t-il réussi à imposer son modèle de droite unie contre une gauche unie en Côte d’Ivoire ?
Vraisemblablement non.

Comme au RDHP d’avant les élections, le choc des ambitions des uns et des autres, au sein de l’opposition déjà hétéroclite (composée du PDCI-RDA de droite et des partis de gauche), a conduit à sa dislocation.

Même l’alliance PDCI-EDS commence à vaciller avant le scrutin avec un duel au sommet dans la circonscription de Gagnoa sous-préfecture entre Maurice Kacou Guikahué (PDCI-RDA) et Odette Lorougnon (EDS pro Gbagbo), et à un degré moindre dans d’autres circonscriptions.

Le RHDP, uni derrière Alassane Ouattara, fera face à une opposition divisée pour les mêmes raisons qui ont empêché ce dernier de réaliser l’unité au sein des rangs de l’alliance RHDP.

Alassane Ouattara, marchant dans les pas de Félix Houphouët-Boigny, disait le 26 janvier 2019 : « je veux, pour ma part, travailler à former une équipe afin que le moment venu, elle puisse me succéder pour continuer d’apporter la tranquillité et la prospérité à la Côte d’Ivoire pendant plusieurs décennies. ».

Réussira-t-il face à cette réalité des ambitions qui a si souvent ressurgi tant à gauche qu’à droite, et mieux lorsqu’une partie de la droite (PDCI-RDA) s’est alliée circonstanciellement à la gauche, le temps d’un boycott actif en 2020 ?

L’on pourrait craindre l’après Alassane Ouattara si les ambitions des uns et des autres ne sont pas contenues.
Par ailleurs, le nombre de candidats déclarés, à l’élection présidentielle de 2020 et à l’élection des députés de 2021, affiche l’intérêt des Ivoiriens pour la politique.

Bien au-delà de servir l’intérêt général, des citoyens s’engagent et des partis se créent pour espérer capter des subventions.

La loi régissant les partis politiques date de 1993. Depuis lors, la Constitution a été modifiée et/ou changée à quatre (4) reprises (1998, 2000, 2016 et 2020) et le Code électoral également modifié et/ou changé à quatre (4) reprises (1994, 2000, 2015 et 2020).

« A vin nouveau, outres nouvelles », il y a donc lieu de penser à revoir le cadre légal de la création et de l’animation des partis politiques, d’encadrer les militants des partis politiques pour en faire des citoyens responsables dignes de travailler à la construction de la nation.

La loi n° 93-668 du 9 août 1993 relative aux partis et groupements politiques mérite d’être reformée. L’houphouëtisme c’est aussi le réformisme de qualité.

Une chose est certaine pour l’heure, Alassane Ouattara, houphouëtiste de valeur, s’impose comme un leader indéboulonnable face à une opposition temporairement réunie dans « une alliance de circonstance au contenu douteux » pour utiliser ses propres mots.

Abidjan, le 27 février 2021
Konan Behegbin
Cadre du PDCI-RDA