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Succession d’Houphouët : il paie cash sa bonne foi (Ouattara, la passion du devoir de l’historien Moriba Magassouba).
Succession d’Houphouët : il paie cash sa bonne foi (Ouattara livre Moriba).

Succession d’Houphouët : il paie cash sa bonne foi (Ouattara, la passion du devoir de l’historien Moriba Magassouba).

Livre Moriba Magassouba_2020_CIV_2
Livre Moriba Magassouba_2020_CIV_1

Côte d’Ivoire : de la Bceao à la primature (Alassane Ouattara, Moriba, livre).

Retourné au FMI en octobre 1984 après avoir passé 11 ans (72-83) à la Bceao (directeur des études, conseiller spécial, vice-gouverneur), Alassane Ouattara est à nouveau sollicité en octobre 1988, par les chefs d’état de l’institution sous-régionale, avec Félix Houphouët-Boigny en tête pour redresser les finances d’une banque en rupture de liquidité auprès du Trésor français où elle déposait ses réserves de change, du fait de la dérive financière des chefs d’état membres de l’UEMOA.

Nommé officiellement gouverneur en novembre 1988 après la mort de son compatriote ivoirien, Abdoulaye Fadiga, Ouattara deviendra le 7 novembre 1990, le tout 1er premier ministre de la Côte d’ivoire indépendante.

Appelé au chevet de la Bceao plongée dans une situation comateuse, Alassane Ouattara qui connait bien la maison fera d’abord face à l’arrogance de certains chefs d’état qui jusque-là avaient la mainmise sur leur leurs banques centrales respectives.

« Alors que la Bceao était au bord du chaos, les chefs d’Etat de l’union, réunis à Cotonou en août 1988, décident de doubler le plafond alloué au bénin afin de permettre à son gouvernement de payer les fonctionnaires. Cette décision n’est pas du goût du nouveau gouverneur qui dès son installation en novembre 1988 le signifie aux chefs d’Etat. Au point d’avoir des démêlés avec certains d’entre eux. Il ira même à un moment donné jusqu’à menacer de démissionner si on ne lui laissait pas les mains libres » écrit Moriba Magassouba dans le chapitre III de son livre « Alassane Ouattara, la passion du devoir » paru en octobre 2020.

« Le gouverneur Ouattara au secours du « vieux » le titre dudit chapitre montre comment l’économiste chevronné du FMI et qui retourne dans une institution (Bceao) après y avoir passé onze années, a contribué à la redresser avec brio et rigueur. Une rigueur qui fera de lui le dauphin du « vieux ». Ainsi c’est par la rigueur au travail et la conscience professionnelle qu’Alassane Ouattara entre en politique et devient le N°2 du parti-état, l’unique formation politique de l’époque, le PDCI-RDA.

Comment Ouattara a sauvé la Bceao

Face à la dérive et gabegie financières des chefs d’Etat de l’UEMOA, Alassane Ouattara proposera deux options : l’ajustement économique en réduisant de manière drastique les dépenses des Etats ou en procédant à la dévaluation du Fcfa.

Finalement la seconde option fut adoptée.

Ouattara au chevet du « vieux » à Abidjan confronté à une fronde sociale

« En franchissant le lourd portail de la présidence, ce samedi 17 février 1990, aux environs de 13heures, Alassane Ouattara est frappé par l’impression du vide qui plane sur les lieux (…) La décision du chef de l’Etat de faire appliquer le plan Moïse Koumoué Koffi, ministre de l’économie et des Finances d’alors, qui prévoyait la diminution des salaires compensée par l’abaissement des prix des denrées avait mis le feu aux poudres (…) La Côte d’ivoire au bord du chaos, la situation est pratiquement insurrectionnelle.

La contestation a gagné la rue. Marches des travailleurs, des étudiants et des chômeurs se multiplient. Houphouët est décrié. Les manifestants n’hésitent pas à l’appeler voleur ou encore d’Ali Baba et les 40 voleurs.

Un tract du Syndicat national de la recherche et de l’enseignement supérieur (SYNARES), fondé par Laurent Gbagbo dresse la liste de plusieurs milliardaires et exige le retour du multipartisme » écrit en substance l’auteur.

Devenu médiateur entre Abidjan et les institutions de Breton Wood, Alassane Ouattara, tout en gardant son poste de gouverneur de la Bceao, est contacté fin mars 1990 par Charles Konan Banny, alors directeur général de la Bceao.

Houphouët a l’intention à ce moment là de nommer Ouattara Premier Ministre. Une offre que ce dernier refusera.

Dans sa réflexion, Alassane Ouattara lui propose en retour la création d’un comité interministériel qu’il met en place le 16 avril 1990.

Ce comité est chargé de sortir le pays de la grave crise économique, financière et sociale.

« Il s’agit de suspendre la mise en œuvre des mesures annoncées sous Koumoué Koffi, de renforcer le programme d’ajustement structurel en lui donnant une meilleure base pour la croissance économique » poursuit l’auteur.

Dans les coulisses, Alassane Ouattara est présenté par Houphouët comme le meilleur économiste africain.

Après six mois d’activité à la tête du comité, (avril-octobre 1990) Ouattara est appelé à faire le bilan lors du neuvième congrès du PDCI à Yamoussoukro du 1er au 5 octobre 1990.

C’est l’entrée d’Alassane Ouattara en politique. En l’absence du vieux, c’est l’économiste devenu politicien par la force des choses qui va présider certaines séances du congrès.

Ayant obtenu le multipartisme fin mars-début avril 1990, l’opposition conduite par Laurent Gbagbo se présente aux élections présidentielles du 27 octobre 1990.

Après la modification de la Constitution au lendemain de ces élections qui a vu la victoire du « vieux » alors âgé de 85 ans face à Laurent Gbagbo (27% des suffrages), un poste de Premier Ministre est créé. Alassane Ouattara est nommé officiellement le 7 novembre 1990, le tout 1er Premier Ministre et l’unique du premier président de la Côte d’Ivoire indépendante, Félix Houphouët-Boigny.

Contrairement aux gouvernements précédents de 40 membres, Ouattara forme le 30 novembre 1990 un commando de 20 ministres. Avec pour entre autres objectifs, l’assainissement de l’administration ivoirienne.

Succession d’Houphouët : il paie cash sa bonne foi (Ouattara, livre, Moriba).

Si le «Vieux» a été victime de son ouverture d’esprit et son soucis du bien-être des Ivoiriens devenus ingrats sous l’impulsion d’une soi-disant opposition (le printemps des libertés), son dauphin politique sorti droit des institutions de Breton Wood, Alassane Ouattara, lui, paiera cash sa bonne foi.

Pendant que Houphouët luttait contre un cancer de la prostate en Europe, à Abidjan, à la place de l’opposition, c’est son propre clan, le PDCI, qui rendait la vie dure à son Premier ministre de mai à décembre 1993.

C’est à bord d’un vol Concorde spécialement affrété par le Premier ministre que le « vieux » dont la santé n’était plus au beau fixe, a quitté Abidjan le 14 mai 1993, d’abord pour un séjour à l’hôpital Cochin à Paris avant son hospitalisation dans une clinique de Genève en Suisse.

Alors que le Premier Ministre était préoccupé par la santé du « vieux » en faisant des aller-retour en compagnie parfois de son épouse, Dominique Ouattara, au chevet du Président, à Abidjan, le Président de l’Assemblée Nationale, Henri Konan Bédié adoubé par certains militants de premières heures et surtout par l’ambassadeur de France en Côte d’Ivoire, Michel Dupuch, se préparait quant à lui à la succession du vieux.
La bataille de la vacance du pouvoir

Entré en clinique le 1er novembre 1993 à Genève, le vieux ne se remettra plus jusqu’à son évacuation sanitaire en côte d’ivoire. Henri Konan Bédié qui était dans le secret d’Etat sachant que le vieux ne survivra pas, engage dès début décembre un bras de fer constitutionnel avec le chef du gouvernement, Alassane Ouattara.

Le 4 décembre, Bédié propose à Ouattara de déclarer la vacance du pouvoir. Niet, répond le Premier Ministre.
En effet, cette vacance du pouvoir donnait droit au Président de l’Assemblée Nationale d’assurer l’intérim de la Présidence et d’organiser les prochaines élections.

Débouté, le Président de l’Assemblée Nationale mène durant plusieurs semaines une véritable guérilla contre Ouattara dans l’hémicycle.

« C’est ainsi qu’un groupe de sept députés PDCI proches de Bédié, se fend d’une lettre ouverte accusant le chef du gouvernement d’avoir réalisé un coup d’État constitutionnel, en utilisant l’article 24 de la loi fondamentale qui lui confie la suppléance du président de la république… » écrit Moriba Magassouba à la page 111 de son livre « Alassane Ouattara, la passion du devoir », paru en octobre 2020.

Camille Alliali s’offusquera et regrettera que le Premier Ministre soit vilipendé non pas par l’opposition mais par les élus de sa propre majorité.
De bonne foi

« Malgré cet affront, lorsque l’idée d’instaurer un Conseil d’État qui achèverait le mandat présidentiel et préparerait les prochains élections circule, le Premier ministre qui n’était pas contre cette formule, avait pour sa part, imaginé la formation d’une équipe rassemblant Bedie comme Président tel que la Constitution l’exigeait, Yace, président du parti et lui-même continuant à diriger le gouvernement jusqu’à ce qu’on lui trouve un successeur » écrit l’auteur à la page 117.

Poursuivant, Moriba Magassouba explique comment malgré la bonne foi de Ouattara celui-ci sera continuellement contesté par le clan Bedie qui a même refusé d’accompagner le premier ministre à Yamoussoukro lorsque Houphouet rendit l’âme dans les premières heures. C’est-à-dire le 7 décembre 1993 vers 6 heures du matin.

Côte d’Ivoire: Alassane Ouattara seul contre tous (PDCI, Bédié, Gbagbo, Fesci …).

Après sa brillante prestation lors du neuvième congrès du PDCI-RDA à Yamoussoukro du 1er au 5 octobre 1990, sa nomination au poste de président du comité interministériel (d’avril à novembre 1990) alors qu’il n’était pas membre du gouvernement et Premier Ministre depuis le 7 novembre de la même année, Alassane Ouattara étrenne désormais ses habits neufs de N°2 du PDCI-RDA au grand dam des dinosaures du plus vieux parti de Côte d’Ivoire.

Mais sur son chemin outre les caciques du PDCI-RDA, Ouattara fera face à son rival naturel, Henri Konan Bédié, devenu président de l’assemblée nationale. Ajouté à la fronde de l’opposition et devant le mutisme d’un Houphouët mourant, Ouattara brandit sa démission qui n’aboutira pas jusqu’au décès du « vieux » le 7 décembre 1993.

Alassane Ouattara N°2 du PDCI-RDA

« Pour les assises des 12, 13 et 14 avril 1991, Alassane Ouattara était officiellement le N°2 du PDCI-RDA par la seule volonté du président Félix Houphouët-Boigny. Sur la liste des quatre cents personnalités du parti, il figurait au deuxième rang dans le comité central et du bureau politique.

Il était en tête avant Germain Coffi Gadeau, Mathieu Ekra et Philippe Yacé. Pour les anciens la pilule était amère. Il m’est apparu dès ce moment que le président venait de dresser ses anciens compagnons contre son Premier ministre (…) Mais les couleuvres avalées et digérées, l’action du gouvernement fut soutenue par la direction du parti jusqu’en octobre 1992.

Date à laquelle, répondant à la question lors d’une conférence de presse sur son avenir politique, Alassane Ouattara a répondu qu’il n’y avait pas encore réfléchi. Il n’en fallait pas plus pour déclencher les hostilités » in Camille Alliali, Disciple d’Houphouët-Boigny, Abidjan, Juris-Editions, 2008.

Le baptême du feu politique

« Mais l’élève de Félix Houphouët-Boigny va subir son baptême du feu lorsqu’il est confronté le 18 février 1992, au mouvement quasi insurrectionnel, le fameux mardi noir, déclenché par Laurent Gbagbo et le FPI soutenus par la fédération estudiantine et scolaire de Côte d’ivoire (FESCI), leur bras armé » écrit Moriba Magassouba, à la page 86 de son livre « Alassane Ouattara, la passion du devoir ».

En effet, suite à une manifestation des étudiants, le général Guei Robert des forces armées de Côte d’ivoire (Fanci) fit une descente musclée sur la cité universitaire de Yopougon dans la nuit du 17 au 18 mai 1991 avec pour conséquence, viols, vols et destruction de biens. Le 2 janvier 1992, le Premier Ministre met en place une commission d’enquête indépendante conduite par le magistrat Camille Hoguié. Celle-ci établit la responsabilité directe et entière de Robert Guei et ses hommes. Mais le président Houphouët refuse de les sanctionner, prétextant qu’il ne souhaite pas retourner son propre couteau contre lui-même.

Pour réclamer justice et surtout la libération du premier secrétaire général de la Fesci, Martial Ahipaud, la ligue ivoirienne des droits de l’homme (Lidho), le FPI de Gbagbo et plusieurs organisations de la société civile décident de marcher sur le quartier d’affaire du Plateau le 18 février 1992. Une marche dite pacifique qui va dégénérer et semer la désolation non sans ternir l’image du pays à l’extérieur.

« En l’absence du vieux qui séjournait depuis plusieurs mois en France, le Premier ministre Ouattara a eu à gérer presque seul l’affaire du 18 février » note l’auteur à la page 89 au chapitre 5 du livre intitulé « le baptême du feu politique ».

Après avoir instauré la loi anticasseurs peu après l’assassinat en plein campus, en mai 1990, de l’étudiant Thierry Zébié par les fescistes, Alassane Ouattara décide d’envoyer Gbagbo et ses compagnons en prison, mais pour un court temps avec un traitement humain après les évènements du 18 février. Il dissout la Fesci.

« Mais ce fut avec quelque regret, car Ouattara lui-même avouera, quelques années plus tard, que cette décision avait fait le jeu de l’aile conservatrice du PDCI-RDA » écrit l’auteur.

Face à une opposition hostile et à un manque de soutien de la part du parti, Alassane Ouattara menace de démissionner de son poste de Premier ministre pour retourner à son poste de gouverneur de la Bceao dont l’intérim était jusque-là assuré par Charles Konan Banny.

Le 9 décembre 1992, il remet effectivement sa lettre de démission au « vieux » qui ne l’accepte pas de suite.

Bédié-Ouattara : la première guerre des héritiers.

Bédié était le président de l’assemblée nationale. Toutefois, celui-ci n’acceptait pas que le Premier ministre Ouattara soit brandi comme le N°2 du parti, donc le dauphin constitutionnel du vieux très malade.

Finalement Houphouët va faire déchanter les détracteurs du Premier ministre.

« Le vieux dont les problèmes de santé commencent à alimenter la rumeur, réunit le bureau politique du parti à la maison du parti à Treichville. Pour les adversaires de Ouattara, c’est bien le jour de son limogeage.

Mais Garrincha comme le surnomme Laurent Gbagbo, va dribbler tout le monde. Mieux Houphouët arrive dans le même véhicule que Ouattara à Treichville à la surprise générale. Devant une salle comble, le vieux déclare : Lui, c’est moi et moi, c’est lui !

En désignant ostensiblement son Premier ministre sous les applaudissements. Le chef de l’Etat venait là de réaffirmer de la façon la plus ferme, aux députés frondeurs la séparation des pouvoirs et indiquer que le parlement ne pouvait en aucune façon faire démissionner son Premier ministre » relate l’auteur.

Le président Houphouët-Boigny quitte le pays le 4 mai 1993 pour la France où il subira une intervention chirurgicale qui ne pourra malheureusement pas enrayer le cancer de la prostate qui devait l’emporter un 7 décembre 1993 tôt le matin.

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Cliquer ci-dessous afin de zoomer, visualiser ou télécharger la couverture de l’historien Magassouba Moriba : Alassane Ouattara « La passion du devoir » en PDF.

Alassane Ouattara la passion du devoir de Magassouba Moriba_2020