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L’enquête du jeudi. Des cliniques et pharmacies s’approvisionnent en médicaments de la rue (1/2).
L’enquête du jeudi. Des cliniques et pharmacies s'approvisionnent en médicaments de la rue (1/2).

L’enquête du jeudi. Des cliniques et pharmacies s’approvisionnent en médicaments de la rue (1/2).

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Il se trouve que plusieurs personnes ont recours à leurs produits. Aussi surprenant que cela puisse paraître, des cliniques figurent au nombre de leurs clients.

L’enquête du jeudi. Des cliniques et pharmacies s'approvisionnent en médicaments de la rue (1/2).

Bien que décriée et combattue, la vente des médicaments de la rue continue de prospérer dans plusieurs communes du district d’Abidjan. Le marché le plus connu en la matière à Abidjan est certes, le fameux « marché Roxy » d’Adjamé.

Mais, à ce jour, un autre marché de la même importance, a pris forme dans la populeuse commune d’Abobo, à l’initiative des femmes. Il est situé dans la périphérie du grand marché.

Certaines vendeuses de ces médicaments, sont installées le long de la voie qui passe devant les locaux de l’agence centrale de la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE), menant au grand marché. D’autres ont placé leurs étals sur le tronçon adjacent à cette voie.

Les moins nombreuses ont préféré installer leurs tables au sein du marché, mais toujours dans le secteur qui se trouve derrière l’hôpital du marché.

De sorte que finalement, toutes ces vendeuses se retrouvent pratiquement dans la même zone géographique.

Cette activité, du reste interdite, est exercée par les femmes. Les rares hommes qu’on aperçoit à leurs côtés, sont leurs employés. Les médicaments sont pour la plupart exposés sur de petites tables. Celles qui ont plus de moyens occupent des tables plus grandes.

Elles vendent plusieurs types de produits pharmaceutiques. Aussi bien ceux issus des firmes présentes en Côte d’Ivoire, que ceux provenant d’autres pays d’Afrique et du reste du monde.

Il se trouve que plusieurs personnes ont recours à leurs produits. Aussi surprenant que cela puisse paraître, des cliniques figurent au nombre de leurs clients.

Une cliente, employée de clinique témoigne

Des cliniques viennent s’approvisionner chez ces vendeuses de produits pharmaceutiques d’Abobo.

Cette révélation nous est faite par Chantal K., employée d’une clinique à Abobo. La jeune dame venait d’acheter un lot de médicaments chez une vendeuse installée au sein du marché.

Elle révèle que c’est chez celle-ci que son employeur l’envoie, elle ou une de ses collègues, pour l’achat de certains produits.

Notamment les gants, les compresses, le coton, le sparadrap, le mercurochrome, l’alcool, des solutions de perfusion, et autres.

« Tout sauf les produits à prendre par voie orale », s’empresse-t-elle de préciser. Par ce que ajoute-t-elle, ceux-ci sont conservés dans des conditions qui laissent à désirer.

La motivation principale qui incite le patron de la clinique à acheter ces produits avec cette vendeuse, est qu’elle pratique des prix de gros pour une certaine quantité achetée. Les prix sont ainsi réduits de par ce fait.

C’est d’ailleurs pour cette même raison que plusieurs malades se tournent vers ces vendeuses. C’est le cas de dame Coulibaly Korotoum une ménagère, rencontrée chez la même vendeuse.

Souffrant de migraine, est venue acheter des médicaments.

Même les pharmacies ?

Ce qu’elle confie par ailleurs nous laisse pantois. « Je vous apprends que même des pharmacies viennent se ravitailler chez elle. Elles payent les médicaments au prix de gros, ce qui lui donne la possibilité de les revendre à des prix plus abordables .

Vous pouvez le vérifier… ».

Nous nous rendons alors chez ladite vendeuse. Sur place, une jeune fille nous oriente vers celle qui vend les produits au prix de gros.

Pour éviter d’éveiller des soupçons, nous commençons par demander le prix de gros de certains produits. C’est ainsi que la dame laisse entendre que 100 seringues de 10 cc coûtent 2 750 F CFA, et 2 550 F CFA pour 100 seringues de 5 cc.

Le prix de la boîte d’Efferalgan est fixé à 1 200 F CFA. Quand le coût de 50 comprimés d’Amoxicilline (couleur orange blanc) est fixé à 12 500 F CFA. Après quoi nous lui demandons comment un ami, auxiliaire de pharmacie dans une pharmacie à Alépé, pourrait acheter les médicaments en gros avec elle.

« Je vais vous remettre mon contact. Dites-lui de m’appeler la veille de son départ en me faisant parvenir par WhatsApp la liste complète des médicaments qu’il lui faut. Ce qui me laisse le temps de préparer son colis, avant son arrivée ». Après cela, la jeune dame remet effectivement son contact.

Il y a un fait qui retient notre attention : c’est l’organisation qu’elle a mise en place autour d’elle. En tant que patronne, elle travaille avec une dizaine de personnes, au nombre desquelles figurent deux hommes. Hormis celle qui informe sur l’achat des produits au prix de gros, il y a ceux qui sont chargés de recevoir les clients et les servir.

Certains vont chercher les produits manquants, sur instruction de la patronne. Cette dernière supervise tout le travail qui est exécuté. C’est elle qui encaisse l’argent et fait la monnaie.

Le site de cette vendeuse ne désemplit pas.

Probablement à cause des prix de gros qu’elle applique. Cela requiert de la patronne beaucoup de vigilance et de prudence. Elle est obligée de suivre du regard tous les faits et gestes. Surtout qu’elle est amenée à servir des clients, quand les employés qui en ont la charge, sont occupés par d’autres.

Jérémy Junior