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Ouattara : L’art de faire la politique.
Ouattara : L’art de faire la politique.

Ouattara : L’art de faire la politique.

COP15-Ouattara

Ouattara : L’art de faire la politique..

Plus technocrate dans l’âme que politicien.

Le président de la République, Alassane Ouattara, a pourtant donné une leçon politique à ses adversaires, au cours de ses trois premiers mandats.

Il s’est érigé en dirigeant incontournable et a réussi à rehausser l’image d’un pays plombé par plusieurs décennies de sclérose.

L’étiquette du chef de l’Etat qui ne se soucie que des ponts et des routes, est bien loin aujourd’hui du model actuel, tant Alassane Ouattara a su affûter sa politique, au fil du temps.

Avec l’une des meilleures perspectives économiques africaines, voire, mondiale, la Côte d’Ivoire fait partie des pays les plus attractifs sur le continent.

 

Pourtant, quand il procédait le 21 mai 2011 à son investiture à Yamoussoukro, après la pire crise jamais vécue sur le sol ivoirien, Ouattara venait d’hériter d’un Etat ruiné, au point mort, avec un risque d’instabilité élevé.

Le premier défi et non des moindres, pour le tout nouveau président de la République, était donc sécuritaire.

Une armée hétéroclite, divisée, formée de professionnels d’une part et de militaires de l’ex-rébellion d’autre part, qui devait faire face à des attaques sporadiques, gérer les problèmes inhérents…comme les primes impayées…

Comment un homme désigné, par certains, comme la pomme de discorde, durant toutes ces années de crise, pouvait-il maintenir la paix, dans un climat postélectoral délétère, où la moindre étincelle pouvait faire retomber les Ivoiriens dans l’abîme?

En effet, durant les trois premiers quinquennats de Ouattara, le problème n’a pas cessé de revenir au premier plan, comme une épée de Damoclès.

Une armée citoyenne

Mais, l’ancien directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI), a passé le test, haut la main.

La Côte d’Ivoire jouit aujourd’hui, d’une armée républicaine.

Peut-être, l’une des meilleures que le pays n’ait jamais eues, durant ces 62 ans d’indépendance.

Une armée citoyenne, bien équipée et bien commandée.

Des qualités qui ont été démontrées au cours de la dernière élection présidentielle de 2020, où il fallait faire face à des troubles montés de toutes pièces, dont le but était de pousser les hommes en armes à ouvrir le feu sur la population.

Les forces de l’ordre sont restées professionnelles.

Avec la loi de programmation militaire, qui est entrée dans sa phase active, Alassane Ouattara a presque réussi un miracle.

Le défilé militaire du 7 août dernier était la cerise sur le gâteau.

Comment le chef de l’Etat est-il parvenu à ce résultat ?

Si sa crédibilité y est pour beaucoup, c’est son pragmatisme, issu en grande partie du Ouattara technocrate.

Déceler les problèmes, les éliminer.

Une aptitude démontrée lors de la présidentielle de 2020, lorsqu’il a été poussé à faire des erreurs.

On n’entrera jamais dans la tête du chef de l’Etat.

On ne saura donc jamais pourquoi Ouattara a cédé le stade Félix Houphouët-Boigny, par exemple, à l’opposition, le 10 octobre 2020 pour manifester contre «son» 3ème mandat, alors que tout le monde pensait qu’il opposerait un «non» catégorique.

Un coup de maître.

C’était plus clair, en revanche, lorsqu’il a expressément demandé à la police, à la gendarmerie, à l’armée, de ne pas tirer sur les fauteurs de troubles qui se sont manifestés avant, pendant et après l’élection.

Et quand il exige de son état-major de tourner le dos à la haine et à la provocation, pendant la campagne, on ne peut que convenir de la justesse du message.

Le Conseil national de transition (CNT), tué dans l’œuf, ainsi que toute velléité de contestation de son mandat, n’auront été qu’une suite logique de l’état d’esprit d’un Ouattara, avisé.

Du génie, diront certains. Du simple bon sens, rétorqueront d’autres.

Comprendre Ouattara, c’est comprendre ce qu’il veut Si beaucoup ne vendaient pas cher sa peau, le chef de l’Etat est ressorti de cette autre crise postélectorale, encore plus grandi.

Ouattara est parvenu à chaque fois à éviter l’effet domino que tous les dirigeants craignent.

Sans effusion de sang, il a su, avec habilité, s’extirper de l’étiquette de despote dont ses détracteurs tentaient de l’affubler.

Pourtant, avec l’appareil de répression en main, très peu d’hommes auraient résisté à la provocation.

Tous ceux qui s’en sont pris à Alassane Ouattara frontalement ont été surpris par sa réaction.

Ouattara n’attaque pas en premier.

Il aime à laisser venir ses adversaires pour mieux les cerner.

La politique ivoirienne considérée jusque-là comme un jeu de force et d’entourloupes, est bien plus subtile avec l’ancien directeur général adjoint du FMI.

Comprendre Ouattara, en gros, c’est comprendre ce qu’il veut, c’est-à-dire, hisser la Côte d’Ivoire parmi les meilleures nations et rester de ce fait dans l’histoire comme un exemple.

Pour cela, il met l’accent sur l’image qu’un bon dirigeant est censé renvoyer, non seulement aux yeux de ses administrés, mais aussi pour la communauté internationale.

Les nombreux sommets tenus en Côte d’Ivoire, au cours de ces dernières années, ne sont pas fortuits.

L’attractivité d’un pays doit se vivre et non transparaître dans les discours.

C’est ce qui rassure les investisseurs et les bailleurs de fonds.

Les chantiers entamés ici et là en sont le signe.

Et cette prouesse n’a été possible que grâce au bon climat sécuritaire, mais également politique qu’il a su maintenir.

Cela, malgré les antécédents avec l’opposition.

 

Réconciliation nationale

Sont-ce les Ivoiriens qui doivent se réconcilier, ou plutôt la classe politique ?

Cette question longtemps débattue en Côte d’Ivoire, devait être tranchée par Ouattara, tout au long de ses trois mandatures.

Là aussi, il ne s’est pas planté.

Non seulement le chef de l’Etat s’est arrangé pour ne pas avoir sous la main des prisonniers politiques, mais il a surtout œuvré pour que tous ceux qui sont en exil puissent rentrer, sans être inquiétés.

Après le come-back de l’ancien chef de l’Etat, Laurent Gbagbo, on attend, dans les semaines à venir, que Charles Blé Goudé regagne sa terre natale.

Le dialogue politique entamé depuis le 27 avril 2012 à Grand-Bassam, se poursuit.

Car, Ouattara n’a jamais rompu le contact avec ses adversaires politiques en dépit des couacs.

Et bien lui en a pris.

L’image qui symbolise cela, est sans aucun doute sa rencontre, le 14 juillet dernier, avec les deux anciens chefs de l’Etat, Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo.

Pour finir, le chef de l’Etat a fait en sorte que la réconciliation nationale ne soit plus cette fibre sensible sur laquelle jouent les politiques pour se faire de l’audimat.

Alors, après avoir déjoué tant d’obstacles, le dernier point sur lequel Alassane Ouattara était attendu, c’était le social, resté à la merci de la cherté de la vie.

Mais là également, l’esprit d’anticipation du chef de l’Etat n’a pas failli. Les subventions apportées successivement au carburant (500 milliards FCFA), pour éviter une flambée et les mesures d’accompagnement aux meuniers (6,4 milliards), pour maintenir le prix des produits à base de farine ; sans oublier l’accompagnement aux industriels pour le plafonnement des prix des produits de grande consommation, ont été salutaires.

Ainsi, contre toute attente, la Côte d’Ivoire est en train d’endiguer, peu à peu, l’une des pires crises mondiales de ces dernières décennies, au moment où certains pays font face à des manifestations de masse pour protester contre la vie chère. Ghana, Sierra Leone, Londres, en Angleterre, etc.

Une situation qu’il pourrait même retourner à son avantage.

Un lapin de son chapeau

Comme pour démontrer sa toute puissance, le 7 août dernier, le président de la République posait son énième acte fort en faveur des Ivoiriens. Dans un climat social et économique fortement ébranlé par la montée inflationniste mondiale, Ouattara sort un lapin de son chapeau.

Plus de 1000 milliards de FCFA pour essuyer le front des travailleurs.

Revalorisation de l’indemnité contributive au logement pour l’ensemble des fonctionnaires de Côte d’Ivoire, augmentation de l’indemnité mensuelle de transport, hausse de l’allocation familiale, instauration d’une prime exceptionnelle payable chaque début de mois de janvier, et représentant 33% du salaire mensuel indiciaire de base.

Certes, les discussions pour la seconde trêve sociale avaient laissé présager des accords sur certains points clefs.

Mais, aucune faîtière syndicale ne s’attendait à de telles mesures.

Après les négociations, des leaders syndicaux s’attendaient à ce qu’un point, comme l’indemnité de logement soit échelonné.

Aucune faîtière des travailleurs n’a vu le coup venir, ce 7 août 2022.

Ce n’est pas la première fois qu’ «ADO Solutions» arrive à calmer une ‘‘fronde’’.

Contre la vie chère, le 31 décembre en 2013, à l’occasion de son discours de fin d’année, le chef de l’Etat avait lancé sa vague de déblocage des salaires, qui allait toucher dans un premier temps 38.000 fonctionnaires, avant de s’étendre à 113.432 autres, au cours d’une autre annonce faite le 1er mai 2015.

Des salaires qui étaient bloqués depuis 1988.

Le transport connaît un regain, avec les nombreux chantiers routiers et l’avènement prochain du métro.

Avec un taux de croissance estimé à environ 7% pour les années à venir, on ne peut que présager une meilleure ouverture pour l’emploi. Inattaquable sur le plan économique, bien préparé sur le terrain sécuritaire et politique, Ouattara est en passe de réussir sa politique sociale, pour peu qu’il parvienne à faire de la seconde phase des logements sociaux, un succès.

Plus que tout, il a redéfini ce que doit être la politique ivoirienne.

Les actes et non les mots.

Raphaël Tanoh