En tête de la colonne des vingt prévenus, comme lors des deux premiers jours du procès, Henriette Diabaté, soixante-quatre ans, est entrée, vendredi 12 novembre au matin, dans la petite salle du tribunal d’Abidjan. Toujours souriante et élégante, elle a levé le poing à l’adresse des proches autorisés à assister aux audiences. Alors que les débats ont été ponctués d’interventions de la salle lors du réquisitoire, le verdict est tombé dans un silence de cathédrale : deux ans de prison pour onze des dirigeants du Rassemblement des républicains (RDR) – dont Henriette Diabaté, secrétaire générale du parti et ancienne ministre, et quatre députés. Cinq prévenus ont été condamnés à un an de prison. Quatre autres ont été relaxés. « SANS MOTIFS ET SANS PREUVES »..
Depuis quelques jours, les réseaux sociaux et les couloirs de l’opinion publique bruissent de commentaires indignés autour de la convocation du sieur Traoré Soumaïla Bredoumy, revenu de son doux séjour parisien, puis placé en garde à vue mercredi dernier.
Quelques semaines plus tôt, l’interdiction de sortie du territoire imposée à Maître Blessy, juste avant la présidentielle, avait provoqué la même crise de nerfs chez un PDCI-RDA qui, comme à son habitude, se roule par terre en hurlant à la dictature dès qu’un de ses membres éternellement « innocents » frôle une porte de commissariat.
Et, évidemment, l’arrestation de militants du PDCI – Parti Démocratique de Côte d’Ivoire RDA a servi de carburant à leur machine à lamentations, toujours prête à hurler au complot dès qu’un souffle de justice effleure leurs turpitudes.
Pourtant, la réalité, solide comme un roc que même la mauvaise foi la plus pathologique ne peut fissurer, dit tout l’inverse.
Ces personnages, devenus subitement vierges comme neige fraîche dans la narration pleurnicharde du PDCI-RDA, sont impliqués dans des tentatives de déstabilisation soigneusement documentées et parfaitement incompatibles avec les valeurs les plus élémentaires de la République.
Ce n’est pas un secret, c’est une évidence. Une évidence qu’ils tentent d’étouffer sous un coussin de hurlements victimaires.
Les faits, têtus, sont là : appels à la désobéissance civile, stratégies de chaos, manipulations institutionnelles, tout ce cocktail toxique dont ils ont le secret. Mais leur talent suprême reste cette gymnastique olympique consistant à se faire passer pour des anges martyrisés au moment même où la loi les rappelle à leurs responsabilités.
Ce qui sidère davantage encore, c’est cette amnésie historique dont seul un parti habitué à réécrire l’histoire au marqueur effaçable peut se prévaloir. Une amnésie qui n’est plus un oubli : c’est une fraude mémorielle, une falsification volontaire, un effacement sélectif qui ferait rougir Orwell lui-même.
Il suffit de regarder l’histoire récente, celle qui commence le 27 juin 1994, lorsque le RDR, fraîchement né, dépose ses statuts. C’est alors que l’on voit un PDCI RDA, dirigé par Henri Konan Bédié, pris d’une panique animale, d’une terreur primitive devant un parti qui ne réclamait que son droit constitutionnel à exister.
Le PDCI-RDA déclenche alors une offensive grotesque et brutale : obstruction administrative, campagnes de diffamation, retards illégaux, manipulations institutionnelles.
Une machine de répression qui prouve que si le ridicule tuait, le PDCI-RDA n’aurait jamais dépassé 1995.
Et c’était sans compter leur double complot aussi mal ficelé qu’un mauvais roman : accoler mensongèrement le RDR au Conseil National Islamique, manière de raviver les peurs les plus primitives et d’agiter les vieux réflexes ethnicistes qui ont longtemps servi de carburant à la stratégie politique du PDCI-RDA.
Ils voulaient faire passer le RDR pour un parti tribal, réduire ses adhérents à leur région ou à leur religion, dans l’espoir que la peur suffirait à tuer ce jeune parti.
Sauf que le RDR, stoïque, digne, brillant, a continué à gagner des adhérents dans toutes les régions, prouvant que la Côte d’Ivoire ne marchait plus dans la soupe identitaire du PDCI-RDA.
Face à cette ascension, le PDCI-RDA passe au niveau supérieur : la répression brute, nue, violente.
En octobre 1999, Henriette Diabaté est condamnée à deux ans de prison ferme.
Deux ans, pour avoir exercé ce que la Constitution lui garantissait.
Deux ans, pour avoir existé politiquement.
Elle est envoyée à la MACA, cette prison où l’humanité s’évapore.
Et pourtant, cette femme, héroïque, transforme l’horreur en dignité : elle organise, elle aide, elle installe des ventilateurs, elle nourrit, elle soutient. Ses codétenus la surnomment « chef de village ».
Voilà la grandeur du RDR : même en prison, il élève l’âme humaine.
Voilà la petitesse du PDCI-RDA : même en liberté, il l’écrase.
Deux mois plus tard, décembre 1999 : rafles massives. Ali Coulibaly, Kafana Koné, Jean-Philippe Kaboré, et tant d’autres, arrêtés comme au temps des régimes les plus ternes d’Afrique.
Les accusations ? « Troubles », « atteinte à la sûreté », les mots valises que tout régime fragile brandit lorsqu’il n’a plus rien d’autre à opposer à la liberté. Human Rights Watch, témoin impartial, décrit les tortures infligées à ces militants du RDR.
Tortures.
Pas de simples interpellations. Pas de simples convocations. Des tortures. Ce mot que le PDCI-RDA évite aujourd’hui comme un miroir qui lui renverrait son visage réel.
Et aujourd’hui, les héritiers de ces pratiques osent nous expliquer qu’ils vivent sous une « dictature ».
Aujourd’hui, les militants du PDCI-RDA manifestent librement, s’expriment partout, donnent des interviews, rentrent chez eux après leurs meetings, dorment dans leurs lits, tweetent depuis leurs salons…
Et ils appellent ça de la répression.
Ils appellent ça une chasse aux sorcières.
Ils comparent ces convocations respectueuses du droit aux tortures infligées hier par leur propre parti.
Quel culot. Quel art consommé du mensonge. Quelle obscénité mémorielle.
La justice ivoirienne actuelle est perfectible, comme toute institution humaine, mais elle est mille fois plus équitable que celle instrumentalisée par le PDCI-RDA dans les années 1990.
Les militants du PDCI interpellés aujourd’hui le sont pour des faits précis, vérifiables, documentés : tentatives de déstabilisation, projets de violence, diffusion volontaire de fausses informations.
Pas pour avoir appartenu à un parti.
Pas pour avoir levé la main. Pas pour avoir respiré.
Le PDCI-RDA oublie volontiers son passé de bourreau dès qu’il s’agit de s’auto-blanchir.
Il oublie ses rafles, ses tortures, ses prisonniers politiques.
Il oublie ses manipulations grossières, ses campagnes ethnicistes, ses coups de menton autoritaires.
Cette amnésie n’est pas un défaut, c’est un programme politique.
Et cette posture victimaire perpétuelle, c’est leur arme. Une arme vieille, rouillée, transparente
.
La vérité historique, elle, ne s’oublie pas.
Elle existe dans les archives internationales, dans les rapports des ONG, dans les souvenirs de ceux qui ont souffert.
Elle raconte que le RDR a résisté avec dignité et humanité, que ses militants ont porté haut l’honneur de la démocratie, même derrière les barreaux.
Elle raconte que ceux qui crient aujourd’hui à la dictature ont autrefois gouverné avec la matraque comme unique argument politique.
L’histoire rend toujours son verdict.
Et il ne sera pas tendre avec ceux qui falsifient leur passé pour simuler la vertu.
Les générations futures verront clairement ce que les faits montrent déjà : les bourreaux d’hier ne sont pas les victimes d’aujourd’hui.
Et aucune chorégraphie victimaire ne pourra leur offrir une auréole imméritée.
« La mémoire des bourreaux est courte. Celle des archives, elle, ne pardonne jamais. »