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M. Gbagbo Laurent ou l’odyssée tragique d’un déni systématique. (Pour ceux qui aiment lire et apprendre)
M. Gbagbo Laurent ou l'odyssée tragique d'un déni systématique. (Pour ceux qui aiment lire et apprendre)

M. Gbagbo Laurent ou l’odyssée tragique d’un déni systématique. (Pour ceux qui aiment lire et apprendre)

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M. Gbagbo Laurent ou l'odyssée tragique d'un déni systématique. (Pour ceux qui aiment lire et apprendre).
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M. Gbagbo Laurent ou l'odyssée tragique d'un déni systématique. (Pour ceux qui aiment lire et apprendre)

À LIRE ABSOLUMENT. INTÉRESSANT.

Quand l’incapacité à reconnaître la vérité devient le moteur d’une autodestruction méthodique

Il existe en politique une loi implacable que seuls les grands stratèges comprennent : la vérité, aussi amère soit-elle, demeure la seule fondation solide sur laquelle peut se bâtir une reconstruction.

Laurent Gbagbo, figure autrefois imposante de la scène politique ivoirienne, a passé les quinze dernières années à défier cette loi avec l’obstination d’un capitaine refusant d’admettre que son navire coule, préférant sombrer avec dignité plutôt que reconnaître l’évidence. 2010 restera dans l’histoire comme le l’année où cet homme aurait pu choisir la grandeur en acceptant sa défaite électorale face à Alassane Ouattara.

Il a choisi, au contraire, de plonger son pays dans l’abîme et de déclencher une cascade d’erreurs stratégiques qui, aujourd’hui encore, le maintiennent dans une marginalisation politique qu’il a lui-même orchestrée avec une méticulosité déconcertante.

Ce texte n’est pas une charge gratuite contre un homme politique déchu. C’est une analyse clinique, presque chirurgicale, d’un cas d’école en science politique : comment le refus obstiné de la réalité peut transformer un leader historique en architecte de sa propre déchéance, comment le déni d’une défaite électorale peut devenir le péché originel d’une série de catastrophes politiques en cascade, comment l’incapacité à naviguer à contre courant ( c’est-à-dire à accepter ce qui répugne mais s’impose stratégiquement ) peut réduire à néant des décennies de lutte politique. Laurent Gbagbo n’est pas simplement un homme qui a perdu le pouvoir ; c’est un cas philosophique fascinant de déconnexion volontaire avec le principe de réalité, un syndrome politique qu’on pourrait appeler « le syndrome de l’invincibilité imaginaire ».

I – Le péché originel : 2010, ou quand le déni remplace la lucidité

Tout commence véritablement après la présidentielle de 2010, dans les bureaux enfumés du pouvoir ivoirien où Laurent Gbagbo, confronté aux résultats de la Commission électorale indépendante (CEI), fait le choix fatal de ne pas reconnaître sa défaite.

La CEI proclame la victoire d’Alassane Ouattara avec 54,10% des suffrages exprimés, une victoire reconnue par l’ensemble de la communauté internationale, l’Union africaine, la CEDEAO, l’ONU.

Mais Laurent Gbagbo, dans un acte qui restera comme l’un des plus grands dénis démocratiques de l’histoire africaine récente, refuse catégoriquement d’accepter cette réalité.

Il s’accroche au verdict du Conseil constitutionnel (dont les membres sont nommés par lui-même) qui invalide les résultats de sept départements du Nord et proclame sa réélection avec 51,45%.

Cette décision, présentée comme un acte de résistance face à une « manipulation internationale », est en réalité le premier acte d’une tragédie en plusieurs volumes.

Laurent Gbagbo commet à ce moment-là l’erreur cardinale : il confond sa conviction personnelle avec la vérité objective.

Il croit sincèrement avoir gagné, ou du moins il s’en persuade suffisamment pour justifier l’injustifiable.

Cette posture n’est pas celle d’un démocrate ; c’est celle d’un homme qui, après dix ans de pouvoir, ne peut concevoir l’idée même d’une alternance.

Le pouvoir a fini par le transformer : de combattant pour la démocratie dans les années 1980-1990, il est devenu ce qu’il dénonçait jadis, un homme accroché à son fauteuil.

Les conséquences de ce choix sont immédiates et dévastatrices. Le refus de Laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite déclenche une crise post-électorale qui fait environ 3000 morts en cinq mois.

Trois mille vies humaines sacrifiées sur l’autel d’un orgueil mal placé, d’un refus obstiné de la réalité.

Des familles brisées, un pays déchiré, une économie ravagée, tout cela parce qu’un homme n’a pas eu le courage politique de dire : « Le peuple a tranché, je m’incline. »

Ce que Nelson Mandela, Abdoulaye Wade, John Mahama et tant d’autres leaders africains ont su faire (reconnaître leur défaite et partir dignement),

Laurent Gbagbo n’a pas pu le faire.

Pourquoi ?

Parce qu’il n’a jamais véritablement intégré l’un des principes fondamentaux de la démocratie : le pouvoir est temporaire, et l’acceptation du verdict populaire n’est pas une humiliation, c’est une grandeur.

Certains diront : « Mais Gbagbo croyait sincèrement à une manipulation des résultats ! »

Admettons.

Mais même en admettant cette hypothèse, un véritable homme d’État aurait posé la question suivante : « Est-ce que mon combat personnel vaut la vie de milliers de mes compatriotes ?

Est-ce que ma conviction, même sincère, justifie de plonger mon pays dans la guerre civile ? »

Un leader responsable aurait fait passer l’intérêt national avant son ego. Laurent Gbagbo a fait le choix inverse.

Et ce choix, ce refus fondamental de la réalité électorale de 2010, est la matrice de tous ses échecs ultérieurs.

Tout découle de ce moment originel où il a préféré le déni à la lucidité.

II. L’engrenage des divisions : quand le chef devient l’ennemi de ses propres alliés

Le péché originel de 2010 ne reste pas isolé ; il contamine méthodiquement toute l’architecture politique de Laurent Gbagbo.

Lorsqu’il est transféré à la Cour pénale internationale en novembre 2011, son parti, le Front populaire ivoirien (FPI), se retrouve décapité.

Deux tendances émergent : les fondamentalistes qui considèrent qu’aucune décision ne peut être prise sans Gbagbo, et la tendance pragmatique menée par Pascal Affi N’Guessan qui estime qu’il faut maintenir le parti en vie malgré l’absence du leader.

En 2013, Affi N’Guessan prend officiellement la direction du FPI. La réaction de Laurent Gbagbo, depuis

La Haye, est révélatrice : il ne peut accepter que le parti continue à exister sans lui.

Ce qui aurait dû être une passation de pouvoir temporaire, une délégation pragmatique en attendant son retour, devient une guerre fratricide.

Gbagbo, enfermé dans les geôles néerlandaises, refuse obstinément de comprendre qu’un parti politique ne peut survivre dans l’attentisme.

Pire encore : lorsque Affi N’Guessan accompagne le président Ouattara aux élections de 2015 dans une logique de dialogue politique, Gbagbo le considère comme un traître.

Pourtant, Affi lui-même avait déclaré dès décembre 2014 à Jeune Afrique : « Gbagbo ne peut pas diriger le FPI, mais certains veulent utiliser son nom pour m’évincer. »

Le constat était lucide, mais Gbagbo, prisonnier de son ego démesuré, ne l’a jamais entendu.

À son retour en Côte d’Ivoire le 17 juin 2021, après son acquittement par la CPI, Laurent Gbagbo aurait pu choisir la voie de la réconciliation interne.

Il aurait pu tendre la main à tous ceux qui, pendant dix ans, avaient maintenu la flamme de son combat. Il a préféré aller jusqu’à créer un nouveau parti, le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), plutôt que de composer avec ceux qui avaient géré le parti en son absence.

Cette bataille fratricide est d’autant plus absurde que Gbagbo lui-même avait déclaré en août 2009 à Issia qu’il ne se battrait jamais pour la présidence du FPI : « Laissez ça aux Affi et aux autres. Mon niveau ne me permet plus de me rabaisser à ce stade… »

Qu’est-ce qui a changé ? Rien, si ce n’est l’incapacité persistante de Gbagbo à accepter que le monde continue de tourner sans lui.

Cette guerre contre Affi N’Guessan n’est qu’un symptôme d’un problème plus profond : Laurent Gbagbo est incapable de naviguer à contre courant, incapable d’accepter ce qui le révulse mais s’impose stratégiquement.

Un véritable homme d’État aurait compris qu’en politique, on ne peut pas avoir que des alliés parfaits. On travaille avec ce qu’on a, on compose, on négocie, on fait des compromis tactiques. Gbagbo, lui, veut une cour de fidèles absolus, pas une coalition politique.

Résultat : il se retrouve avec un parti réduit à quelques courtisans, pendant que son ancien mouvement, le FPI historique, continue d’exister sous une autre direction.

La division est totale, et c’est lui qui l’a orchestrée.

III. Le cas Charles Blé Goudé : quand le fidèle devient l’ennemi

Si la rupture avec Pascal Affi N’Guessan peut s’expliquer par des divergences stratégiques, la rupture avec Charles Blé Goudé relève, elle, du sabordage politique pur et simple. Charles Blé Goudé, l’ancien leader des Jeunes Patriotes, co-accusé de Gbagbo à la CPI et acquitté avec lui en mars 2021, a refusé de rallier le PPA-CI créé par Gbagbo, préférant maintenir son propre mouvement, le Cojep.

Cette décision a créé des vagues au sein du camp Gbagbo, et surtout, elle a révélé au grand jour une rupture qui couvait depuis la fin de leur séjour aux Pays-Bas.

Que s’est-il passé entre ces deux hommes qui ont partagé les mêmes geôles, les mêmes accusations, le même acquittement ?

Les deux acteurs évitent soigneusement la question, se réfugiant dans des tournures convenues. Mais plusieurs indices permettent de comprendre la genèse de cette rupture. D’abord, Charles Blé Goudé n’a jamais appartenu au « clan Nady » selon certains observateurs, ce cercle d’influence qui s’est constitué autour de la seconde épouse de Gbagbo pendant son incarcération.

Ensuite, selon plusieurs sources, Gbagbo aurait tenté, via Madame Blé Goudé, de faire passer un message au parti pendant son séjour à La Haye, ce que Blé aurait mal reçu ou mal interprété.

Enfin, face à la division inévitable du FPI, Gbagbo aurait exhorté Blé Goudé à abandonner son projet de création de parti (le Cojep) et à continuer à jouer le rôle du fils harangueur de foule comme dans les années 2001-2011.

C’est sur ce dernier point que les choses deviennent fascinantes.

Laurent Gbagbo, de retour en Côte d’Ivoire, n’a jamais prononcé publiquement le nom de Charles Blé Goudé. Pas une seule fois. Ce silence assourdissant en dit long sur l’orgueil blessé d’un homme qui ne supporte pas qu’un ancien lieutenant veuille exister politiquement hors de son ombre.

Charles Blé Goudé, de son côté, a été contraint de prendre la parole publiquement sur leurs relations : « Je faisais la cuisine pour Gbagbo », avait-il déclaré, manière de rappeler la proximité et le dévouement qui les liaient.

La réponse de Gbagbo fut cinglante : « Demandez lui qui donnait l’argent qui servait à faire la cuisine. »

Le type d’échange, mesquin et dérisoire, entre deux hommes qui ont affronté ensemble la justice internationale, illustre parfaitement le niveau de décomposition des relations au sein de l’ancien camp Gbagbo.

Cette rupture avec Blé Goudé est peut-être l’erreur stratégique la plus grave de Laurent Gbagbo. Charles Blé Goudé possède ce que Gbagbo a perdu : la capacité à mobiliser les jeunes, l’énergie de la rue, la connexion avec une base populaire qui ne croit plus aux discours des septuagénaires.

En laissant partir Blé Goudé en électron libre, Gbagbo a privé son camp de son meilleur atout de mobilisation. Pire encore : en créant un conflit ouvert avec lui, il a transformé un allié naturel en concurrent direct. Blé Goudé a créé son propre parti, s’est forgé une identité politique distincte, loin de la gérontocratie que représente désormais Gbagbo.

Et plutôt que d’accompagner cette émancipation, de la bénir même, Gbagbo l’a vécue comme une trahison.

IV La scène de l’aéroport : quand le symbole devient sabotage politique

Le 17 juin 2021, la Côte d’Ivoire retient son souffle. Laurent Gbagbo, acquitté par la CPI, regagne enfin sa patrie après dix ans d’exil forcé.

Le pays entier a les yeux rivés sur l’aéroport de Port-Bouët.

Ce moment aurait dû être celui de la réconciliation, du dépassement des clivages, de la reconstruction d’une image politique ternie par les années de procès.

Ce qui s’est passé ce jour-là restera comme l’une des erreurs symboliques les plus lourdes de conséquences de toute la carrière politique de Laurent Gbagbo.

Simone Gbagbo, la première épouse, sait que les années de geôle aux Pays-Bas, mijotées dans les séquelles de la fin de règne des refondateurs et dans les visites régulières de Nady Bamba (la seconde épouse), ont totalement reformaté son mari.

En connaissance de cause, Simone prépare méticuleusement sa mise en scène. Elle met ses courtisans en alerte, puis prend la route de l’aéroport.

Elle sait exactement ce qui va se passer.

Devant toutes les caméras du monde, devant les médias internationaux venus couvrir ce retour historique, Laurent Gbagbo la zappe purement et simplement.

Simone Gbagbo, première dame de Côte d’Ivoire pendant une décennie, humiliée publiquement par celui avec qui elle a partagé des décennies de lutte politique, retourne à son domicile.

Ceux qui voudraient réduire cet épisode à une simple « affaire privée » passent à côté de l’essentiel.

En politique, tout est symbole, et les symboles ont des conséquences politiques concrètes. Ce jour-là, Laurent Gbagbo envoie un message dévastateur à une partie de sa base : « Je privilégie mes intérêts personnels et sentimentaux par rapport à la stratégie politique. »

Il crée, de ses propres mains, une troisième corde divisionniste sur sa kora isolationniste, après Affi et Blé Goudé. Simone Gbagbo n’est pas n’importe qui dans le paysage politique ivoirien.

C’est une figure respectée, une militante de la première heure, une femme qui a payé de sa personne pendant la crise post-électorale.

En l’humiliant publiquement, Gbagbo s’aliène tout un pan de son électorat, notamment les femmes qui voyaient en Simone un modèle de résilience.

L’exemple de Nelson Mandela est ici particulièrement éclairant. Le 11 février 1990, lorsque Mandela sort de prison après 27 ans d’incarcération, il se présente main dans la main avec Winnie Mandela, malgré les tensions conjugales, malgré les scandales qui entouraient son épouse, malgré les incompréhensions profondes qui les séparaient déjà.

Pourquoi ? Parce que Mandela comprenait que ce moment n’appartenait pas à sa vie privée, mais à l’histoire de son pays. Ce geste, main dans la main avec Winnie, était un message politique : « Je reviens pour unir, pas pour diviser. »

Laurent Gbagbo aurait dû descendre de cet avion main dans la main avec Simone, quelles que soient leurs difficultés conjugales.

Ce geste aurait été perçu comme un acte de maturité politique, comme la preuve qu’il avait compris les leçons de ses années d’exil.

Il a fait exactement l’inverse, démontrant une fois de plus son incapacité à « manger son totem », à faire passer l’intérêt collectif avant ses convenances personnelles.

V – Don Mello…la présidentielle et les législatives : l’art de transformer les alliés en adversaires

La série de divorces politiques de Laurent Gbagbo ne s’arrête pas là. Le cas d’Ahoua Don Mello, figure technocratique du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), mérite une attention particulière.

Face à la probabilité hyperélevée d’une invalidation de la candidature de Gbagbo à la présidentielle de 2025,

Don Mello, dans une démarche qu’on pourrait qualifier de lucide, a adressé une note au président Gbagbo.

Cette note, soumise à une commission interne du parti, a fuité dans la presse et sur les réseaux sociaux. Son contenu ? Une analyse froide de la situation, des recommandations stratégiques, un plan B au cas où Gbagbo serait effectivement invalidé.

La réaction de Gbagbo ? Une rupture immédiate. Don Mello, coupable d’avoir osé anticiper l’échec du leader, coupable d’avoir eu la lucidité de préparer l’après, s’est retrouvé marginalisé.

Cette réaction illustre un trait de caractère récurrent chez Laurent Gbagbo : l’intolérance à toute forme de dissidence intellectuelle, même constructive.

Un véritable leader aurait accueilli cette note comme une contribution précieuse au débat stratégique interne. Gbagbo l’a vécue comme une trahison.

Cette incapacité à tolérer la critique, même bienveillante, même stratégiquement pertinente, transforme progressivement le PPA-CI en une cour de flagorneurs où personne n’ose plus dire la vérité au chef.

C’est ainsi que meurent les mouvements politiques : pas dans la confrontation avec l’adversaire, mais dans l’asphyxie intellectuelle interne, dans le culte du chef qui ne supporte aucune remise en question.

Le dernier acte de cette tragédie politique se joue lors des élections législatives organisées suite à la présidentielle de 2025.

Laurent Gbagbo, invalidé comme candidat à la présidentielle, se retrouve face à un choix stratégique crucial : participer aux législatives pour maintenir une présence parlementaire, ou boycotter par principe.

Sa décision est sans appel hier : boycott total. Même Don Mello, dont la candidature a été acceptée et qui aurait pu constituer une tête de pont parlementaire pour le PPA-CI, n’obtient aucun soutien de Gbagbo.

Aucun appel à voter, aucun encouragement, rien. Le raisonnement de Gbagbo est d’une rigidité idéologique confondante : « Je ne suis pas retenu, donc tout le parti boycotte. »

Cette décision relève de ce que les analystes politiques appellent le « jusqu’au-boutisme autodestructeur ». Gbagbo lui-même l’a formulé explicitement : « Organiser les élections en décembre, ce n’est pas sérieux par rapport à ce qui s’est passé.

S’apprêter le 12 pour aller aux élections en décembre, c’est couvrir la forfaiture qui a eu lieu. Il faudrait que le gouvernement accepte de repousser la date des élections, sinon on ne va pas aux élections. »

Cette logique, présentée comme une question de principe, est en réalité une fuite en avant suicidaire. En boycottant les législatives, le PPA-CI se prive volontairement de toute représentation parlementaire, de toute capacité d’influence sur les débats législatifs, de toute tribune institutionnelle.

C’est exactement ce qu’on appelle se tirer une balle dans le pied.

Imaginons un instant un scénario alternatif. Laurent Gbagbo déclare publiquement : « Malgré mon invalidation, que je conteste fermement, j’appelle mes partisans à participer massivement aux élections législatives.

Nous montrerons notre bonne foi, nous enverrons un signal fort à la communauté internationale, nous maintiendrons l’ouverture d’un dialogue avec le pouvoir. Avec un groupe parlementaire fort PDCI-PPA-CI-Indépendants, nous pèserons sur les décisions nationales. »

Beaucoup n’auraient pas compris sur le moment, mais les observateurs avertis auraient salué cette décision comme une once de pragmatisme politique.

Gbagbo a préféré la pureté idéologique à l’efficacité stratégique. Résultat : marginalisation totale, absence de représentation institutionnelle, isolement politique complet…en téléchargement !

VI. Le déni comme pathologie politique

Au-delà de l’accumulation d’erreurs tactiques, le cas Laurent Gbagbo pose une question fondamentale : comment un homme qui est un brillant intellectuel, historien de formation, militant démocrate des années 1970-1980, a-t-il pu sombrer dans un tel déni systématique de la réalité ?

La réponse réside probablement dans ce que les philosophes appellent « l’hubris », cette forme d’orgueil démesuré qui aveugle le jugement et conduit à la chute.

L’hubris politique se caractérise par plusieurs symptômes que Laurent Gbagbo présente tous : d’abord, la conviction inébranlable d’avoir raison contre tous.

En 2010, quand la communauté internationale entière reconnaît la victoire d’Ouattara, Gbagbo reste persuadé d’avoir gagné.

Cette conviction ne repose pas sur une analyse objective des faits, mais sur une foi quasi-mystique en son destin providentiel. Deuxièmement, l’incapacité à accepter la temporalité du pouvoir.

Pour Gbagbo, le pouvoir n’est pas une fonction temporaire qu’on exerce puis qu’on transmet ; c’est une propriété personnelle dont il a été spolié. Troisièmement, la transformation progressive de tous les alliés en traîtres potentiels. Affi, Blé Goudé, Simone, Don Mello : tous ceux qui osent penser différemment ou simplement exister politiquement hors de son ombre deviennent des traîtres.

Cette pathologie du déni a des racines profondes dans la psychologie du pouvoir.

Après dix ans de présidence (2000-2010), Laurent Gbagbo s’était profondément identifié à sa fonction. Il n’était plus Laurent Gbagbo citoyen ivoirien, il était « le Président ».

Cette fusion identitaire explique pourquoi il n’a jamais pu accepter sa défaite de 2010 : reconnaître cette défaite aurait été, pour lui, reconnaître sa propre mort politique.

Or, pour survivre psychologiquement, il lui fallait maintenir la fiction de la victoire volée. Cette fiction est devenue sa prison mentale.

Le philosophe allemand Hannah Arendt, dans ses réflexions sur le totalitarisme, a montré comment le déni systématique de la réalité devient le propre des régimes qui se coupent du monde.

Laurent Gbagbo n’a certes pas instauré un régime totalitaire, mais il présente ce même symptôme : la construction d’une réalité alternative où il est perpétuellement victime d’une conspiration internationale, où ses échecs sont toujours dus à des forces extérieures malveillantes, jamais à ses propres erreurs.

Cette vision complotiste du monde est confortable psychologiquement (elle préserve l’ego) mais elle est mortelle politiquement car elle empêche tout apprentissage, toute correction de trajectoire.

VII. La vérité comme unique chemin de rédemption politique

Si l’analyse semble sévère c’est parce que le cas Gbagbo illustre avec une clarté aveuglante une loi fondamentale de la politique : la vérité, tôt ou tard, rattrape toujours le mensonge ; le déni, aussi confortable soit-il, finit toujours par se payer comptant.

Quinze ans après la présidentielle de 2010, Laurent Gbagbo reste prisonnier de ce moment originel. Son incapacité à dire publiquement : « J’ai perdu l’élection de 2010 », constitue le principal obstacle à sa réhabilitation politique.

Cette vérité est difficile à entendre pour les partisans de Gbagbo, qui continuent de croire au narratif de la « victoire volée ». Mais les faits sont têtus.

La Commission électorale indépendante a proclamé la victoire d’Ouattara, cette victoire a été reconnue par l’ONU, l’Union africaine, la CEDEAO, et l’ensemble de la communauté internationale. Même le panel de l’Union africaine mené par Thabo Mbeki, pourtant favorable à une solution négociée, n’a jamais remis en cause fondamentalement la victoire d’Ouattara.

Le Conseil constitutionnel de Gbagbo, en invalidant les résultats de sept départements du Nord, a certes proclamé sa réélection, mais cette décision n’a convaincu personne hors du cercle des fidèles.

La vérité rétablit tout.

Si Laurent Gbagbo avait eu le courage, en 2011, de reconnaître publiquement sa défaite tout en contestant les conditions du scrutin, il aurait conservé une stature morale.

Il aurait pu dire : « J’ai perdu cette élection, je conteste les conditions dans lesquelles elle s’est déroulée, mais je respecte le verdict des urnes et je m’engage dans une opposition constructive. »

Ce discours aurait changé la donne.

Il aurait positionné Gbagbo comme un démocrate responsable, pas comme un autocrate accroché à son fauteuil. Cela aurait évité les 3000 morts de la crise post-électorale.

Cela aurait préservé son capital politique pour l’avenir.

Mais Gbagbo a choisi le déni, et ce choix l’a enfermé dans une spirale dont il n’est jamais sorti.

À son retour de La Haye en 2021, il avait une seconde chance de se réinventer.

Au lieu de cela, il a reproduit exactement les mêmes schémas : refus de composer avec ses anciens alliés, création de divisions internes, rigidité idéologique, jusqu’au-boutisme autodestructeur.

Le boycott des législatives de 2025 est la dernière illustration de cette incapacité à apprendre de ses erreurs.

Aujourd’hui, en 2025, Laurent Gbagbo se retrouve exactement là où ses choix l’ont mené : politiquement marginalisé, sans représentation institutionnelle, à la tête d’un parti divisé, isolé même de ses anciens compagnons de lutte.

Condamné par un tribunal ivoirien en 2018 pour des faits liés à la crise de 2010-2011, il reste inéligible, et le président Ouattara n’a jamais accordé l’amnistie qui lui permettrait de redevenir pleinement éligible. Pourquoi ?

Parce que Gbagbo n’a jamais fait le travail minimal de reconnaissance de ses erreurs passées.

Comment amnistier quelqu’un qui nie toujours avoir commis la moindre faute ?

Est-ce que les gens sont sérieux ?

VIII. Conclusion : l’héritage tragique d’un homme qui aurait pu être grand

Laurent Gbagbo aurait pu être un grand homme politique africain.

Il a l’intelligence, la formation intellectuelle, le courage personnel (ses années de prison et d’exil en témoignent), le charisme, la capacité de mobilisation.

Il aurait pu devenir une figure de la transition démocratique en Côte d’Ivoire, un symbole de la lutte pour les libertés.

Au lieu de cela, il restera dans l’histoire comme l’homme qui a refusé de reconnaître sa défaite en 2010, déclenchant une guerre qui a fait 3000 morts, comme l’homme qui a systématiquement saboté tous ses alliés, comme l’homme qui, par orgueil et déni, a transformé une brillante carrière politique en une longue descente aux enfers.

Le « syndrome Gbagbo » devrait être étudié dans toutes les écoles de science politique comme un cas d’école de ce qu’il ne faut pas faire lorsqu’on prétend incarner une alternative politique.

Ce syndrome se caractérise par la substitution du principe de plaisir (celui de l’ego flatté, de la conviction intime érigée en dogme ) au principe de réalité, qui impose des compromis, des reconnaissances douloureuses et des reculs tactiques.

Gbagbo n’est pas tombé sous les bombes françaises ou sous les « complots de l’étranger » ; il s’est enlisé, jour après jour, dans les sables mouvants de son propre récit héroïque mais fictif.

L’ultime leçon de cette odyssée tragique est qu’en politique, la lucidité vaut mieux que l’héroïsme, et le courage de la vérité surpasse le confort du déni.

Un leader n’est pas jugé à la pureté de ses convictions, mais à sa capacité à transformer la réalité au bénéfice de ceux qu’il prétend servir (je viens de vous décrire son adversaire Alassane Ouattara, j’y reviendrai). En s’arc-boutant sur ses certitudes, Gbagbo a trahi son propre combat.

En refusant de naviguer à contre courant (cette part de réalité qui répugne mais qui nourrit la sagesse stratégique), il a condamné son héritage politique à n’être qu’une leçon de choses sur les ruines de l’orgueil.

La mélodie du déni

Aujourd’hui, le vieux lion d’Abidjan erre dans la cage dorée de son statut d’ancien président, écoutant l’écho affaibli des « Gbagbo ou rien » qui résonnent dans un pays qui, lui, a tourné la page.

La Côte d’Ivoire, avec ses défis et ses contradictions, avance. Elle avance sans lui, malgré lui.

La tragédie de Laurent Gbagbo n’est pas d’avoir perdu le pouvoir en 2010 ; elle est d’avoir, depuis lors, méthodiquement incendié tous les ponts qui auraient pu lui permettre d’y revenir un jour.

Son histoire nous enseigne qu’aucun leader n’est indispensable, et qu’aucune cause n’est servie par le sacrifice de la vérité sur l’autel de la fidélité à un homme.

Le véritable courage politique ne consiste pas à sombrer avec dignité, mais à savoir, lorsque le navire coule, ordonner l’évacuation pour préserver l’équipage et préparer la construction d’une nouvelle embarcation.

Le déni est une mélodie envoûtante, mais c’est un chant de sirènes qui mène droit au naufrage. Laurent Gbagbo, l’intellectuel, l’historien, aurait dû être le premier à le comprendre.

Son échec est avant tout une faillite de la raison face à l’ivresse du pouvoir, un rappel cruel que dans le grand théâtre de la politique, seuls ceux qui savent faire la différence entre leur légende et l’histoire réelle ont une chance d’inscrire leur nom dans la durée.

Pour les autres, il ne reste que le silence assourdissant des potentats déchus, contemplant, impuissants, le monde qu’ils ont perdu pour n’avoir pas su le voir tel qu’il était.

 

 

 

Jacob Koné Katina Chroniqueur

Consultant en communication

#ADN

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REMARQUE : L’hubris (« démesure »), est une notion qui, dans la Grèce antique, renvoie à des attitudes excessives : passion, orgueil, outrage, crime, transgression.

Monsieur Laurent Gbagbo une fois vous avez fait dire ceci par vos militants pendant une marche autorisée, Koné vient faire un autre discours qui demande des discussions avec un Chef d’état que vous ne reconnaissez pas afin de voir libérer vos terroristes qui étaient mandatés pour faire exploser la chambre de Gaz AVAGOU afin de semer la terreur et profiter de la panique pour qu’une seconde équipe de terroristes libèrent les prisonniers du PPA pour faire ce que vous savez si bien faire : tuer les Ivoiriens.

Comme d’habitude, Laurent Gbagbo les a envoyé chanter cette chanson qu’il cautionne, et sentant le vent du boulet il vient se dédouaner pensant qu’il a des idiots en face. C’est ce que cette jeunesse des Agoras a reçu comme héritage. Ils ont  bien appris la leçon. Ce comportement xénophobe n’échappera pas à la justice de Côte d’Ivoire. Les téléphones ont parlé sachez le.

Depuis que dame Lorougnon a passé quelque temps en garde à vu pour propos Xénophobe et tribaliste, il semble qu’on lui adonné quelques notions de respect de l’autre.

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LE DEAL SECRET QUI A FAILLI RENVERSER L’HISTOIRE : QUAND GBAGBO CROYAIT AVOIR ACHETÉ LA RÉBELLION AVEC LA COMPLICITÉ DE NADY BAMBA.

𝐋𝐀 𝐑𝐄𝐁𝐄𝐋𝐋𝐈𝐎𝐍 𝐈𝐕𝐎𝐈𝐑𝐈𝐄𝐍𝐍𝐄 𝐃𝐄 𝟐𝟎𝟎𝟐 : 𝐑𝐄́𝐕𝐄́𝐋𝐀𝐓𝐈𝐎𝐍𝐒 𝐃’𝐀𝐇𝐎𝐔𝐀 𝐃𝐎𝐍 𝐌𝐄𝐋𝐋𝐎, 𝐕𝐄́𝐑𝐈𝐓𝐄́𝐒 𝐂𝐀𝐂𝐇𝐄́𝐄𝐒, 𝐌𝐄𝐍𝐒𝐎𝐍𝐆𝐄𝐒 𝐄𝐓 𝐂𝐔𝐏𝐈𝐃𝐈𝐓𝐄́ 𝐈𝐍𝐓𝐄𝐑𝐍𝐀𝐓𝐈𝐎𝐍𝐀𝐋𝐄. Face à la complexité des événements qui ont secoué la Côte d’Ivoire à partir de 2002, il est essentiel de dépasser les récits simplistes et les accusations politiciennes pour examiner les faits avec rigueur. Les déclarations récentes d’Ahoua Don Mello, ancien cadre du FPI et proche de GBAGBO LAURENT, apportent un éclairage crucial sur les mécanismes. et cela a conduit à l’assassinat du « LANCEUR D’ALERTE » GUY ANDRE KIEFFER.
Gbagbocroyaitavoirachetela rebellion

Le deal secret qui a failli renverser l’histoire : quand GBAGBO LAURENT croyait avoir acheté la rébellion avec la complicité de Nady Bamba la coépouse de Simone Ehivet Gbagbo

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