
L’affaire du certificat de Tidjane Thiam dévoile au grand jour les zones d’ombre et la malhonnêteté politique de l’ex patron du Crédit Suisse. Derrière la mise en scène d’un homme victime d’acharnement administratif, se cache en réalité une stratégie faite de dissimulation et de duplicité.
𝙐𝙣𝙚 𝙧𝙚𝙣𝙘𝙤𝙣𝙩𝙧𝙚 𝙙𝙚́𝙘𝙞𝙨𝙞𝙫𝙚 𝙖𝙫𝙚𝙘 𝙡𝙚 𝙋𝙧𝙚́𝙨𝙞𝙙𝙚𝙣𝙩 𝙊𝙪𝙖𝙩𝙩𝙖𝙧𝙖
Entre mai et juin 2022, Tidjane Thiam sollicite une audience avec le président Alassane Ouattara, à Mougin (France) pour lui exprimer son désir d’obtenir un passeport ivoirien.
Le président l’invite à se faire établir un passeport, à condition de s’enregistrer auprès de l’ambassade de Côte d’Ivoire en France. Mais, pour obtenir un passeport, il faut d’abord présenter un certificat de nationalité.
C’est à ce moment que les ennuis commencent.
𝘿𝙚𝙨 𝙙𝙚́𝙢𝙖𝙧𝙘𝙝𝙚𝙨 𝙙𝙤𝙪𝙩𝙚𝙪𝙨𝙚𝙨 𝙖𝙪 𝙩𝙧𝙞𝙗𝙪𝙣𝙖𝙡 𝙙𝙚 𝙏𝙤𝙪𝙢𝙤𝙙𝙞
Thiam mandate alors un certain Yao Augustin, opérateur de saisie près le tribunal de Toumodi. Celui-ci se contente de fournir l’acte de naissance de Thiam ainsi qu’une copie du passeport diplomatique de sa mère de l’année 1974 (numéro 184/74) ne comportant que les mentions des nom, prénom date et lieu de naissance de sa mère marietou SOW et une signature.
N’y figurent pas les date et lieu d’établissement de ce document. Pourtant pour se faire établir un certificat de nationalité, il faut la copie de la carte nationale d’identité de l’un des parents, selon le décret relatif au code de la nationalité.
Le juge, face à ce dossier incomplet, saisit alors le ministre de la Justice pour avis.
Ce dernier contacte dans un premier temps Aziz Thiam, frère aîné de Tidjane, afin de compléter le dossier. Mais Aziz lui-même est incapable de produire les documents nécessaires.
Devant l’impasse, le ministre de la Justice se tourne directement vers le président de la République, qui, à titre exceptionnel, autorise la délivrance du certificat de nationalité.
Une décision de circonstance qui, en réalité, masque une vérité bien plus embarrassante pour Thiam.
𝙇𝙚 𝙥𝙧𝙚𝙢𝙞𝙚𝙧 𝙘𝙚𝙧𝙩𝙞𝙛𝙞𝙘𝙖𝙩 𝙙𝙚 2020 : 𝙡𝙖 𝙙𝙞𝙨𝙨𝙞𝙢𝙪𝙡𝙖𝙩𝙞𝙤𝙣
Car plus grave encore : deux ans plus tôt, le 8 juin 2020, Tidjane Thiam s’était déjà fait établir un certificat de nationalité au tribunal du Plateau (ci-joint la copie du certificat en question). Ce document, obtenu en toute discrétion, lui a permis de s’inscrire sur la liste électorale. Pourtant, lorsqu’il saisit le juge de Toumodi le 2 juin 2022, il omet volontairement de produire cette pièce.
Curieusement, le passeport diplomatique de sa mère qu’il a présenté est la même pièce qui lui avait permis de se faire établir un certificat de nationalité le 8 juin 2020 sans que l’attention de la chancellerie ne soit attirée.
Pour rappel, un passeport n’est pas une pièce requise pour l’établissement d’un certificat de nationalité.
Pourquoi avoir caché ce premier certificat ? Parce que déjà 2020, Thiam nourrissait l’espoir que l’action du Conseil National de Transition (CNT) aboutisse, lui ouvrant la voie à une candidature présidentielle en cas de transition politique. Son silence volontaire en 2022 visait donc à obtenir, par un nouveau biais, une régularisation « politique » de sa situation, avec l’appui direct du chef de l’État.
Une stratégie qui démontre non seulement son opportunisme, mais aussi un manque flagrant de loyauté envers les institutions.
La question fondamentale, au delà de son certificat de nationalité, est celle-ci : « s’il avait informé les autorités de ce qu’il était Français, elles ne lui auraient pas délivré ce certificat de nationalité.
𝙇𝙖 𝙛𝙪𝙞𝙩𝙚 𝙙𝙚 𝙡𝙖 𝙘𝙤𝙣𝙫𝙚𝙧𝙨𝙖𝙩𝙞𝙤𝙣 𝙥𝙧𝙞𝙫𝙚́𝙚 : 𝙡’𝙪𝙡𝙩𝙞𝙢𝙚 𝙛𝙖𝙪𝙩𝙚
Comme si cela ne suffisait pas, Thiam a franchi une ligne rouge. Via un relais sur TikTok, il a fait fuiter une conversation privée avec le ministre de la Justice. Cet acte, lourd de conséquences, est sévèrement puni par le Code pénal ivoirien.
Autrement dit, si le ministre décidait de saisir la justice, Tidjane Thiam s’exposerait à des sanctions pénales lourdes.
« 𝗔𝗿𝘁. 𝟯𝟭. – 𝗘𝘀𝘁 𝗽𝘂𝗻𝗶 𝗱’𝘂𝗻 𝗲𝗺𝗽𝗿𝗶𝘀𝗼𝗻𝗻𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗱𝗲 𝘂𝗻 𝗮̀ 𝗰𝗶𝗻𝗾 𝗮𝗻𝘀 𝗲𝘁 𝗱𝗲 𝟭.𝟬𝟬𝟬.𝟬𝟬𝟬 𝗱𝗲 𝗳𝗿𝗮𝗻𝗰𝘀 𝗖𝗙𝗔 𝗱’𝗮𝗺𝗲𝗻𝗱𝗲, 𝗾𝘂𝗶𝗰𝗼𝗻𝗾𝘂𝗲 𝗱𝗲 𝗺𝗮𝘂𝘃𝗮𝗶𝘀𝗲 𝗳𝗼𝗶, 𝗼𝘂𝘃𝗿𝗲, 𝘀𝘂𝗽𝗽𝗿𝗶𝗺𝗲, 𝗿𝗲𝘁𝗮𝗿𝗱𝗲 𝗼𝘂 𝗱𝗲́𝘁𝗼𝘂𝗿𝗻𝗲 𝗱𝗲𝘀 𝗰𝗼𝗿𝗿𝗲𝘀𝗽𝗼𝗻𝗱𝗮𝗻𝗰𝗲𝘀 𝗲́𝗹𝗲𝗰𝘁𝗿𝗼𝗻𝗶𝗾𝘂𝗲𝘀 𝗮𝗿𝗿𝗶𝘃𝗲́𝗲𝘀 𝗼𝘂 𝗻𝗼𝗻 𝗮̀ 𝗱𝗲𝘀𝘁𝗶𝗻𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗲𝘁 𝗮𝗱𝗿𝗲𝘀𝘀𝗲́𝗲𝘀 𝗮̀ 𝘂𝗻 𝘁𝗶𝗲𝗿𝘀, 𝗼𝘂 𝗲𝗻 𝗽𝗿𝗲𝗻𝗱 𝗳𝗿𝗮𝘂𝗱𝘂𝗹𝗲𝘂𝘀𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗰𝗼𝗻𝗻𝗮𝗶𝘀𝘀𝗮𝗻𝗰𝗲. (…) »
Conclusion : le masque tombe
En cherchant à manipuler l’opinion publique, Tidjane Thiam a fini par révéler le fond de son jeu. Derrière l’image policée du financier international, c’est un homme calculateur, prêt à travestir la vérité et à contourner les règles, qui apparaît.
Il a « dégainé le premier », mais cette fois, c’est son propre manque de transparence qui risque de lui coûter cher.
Yacouba DOUMBIA Journaliste.
Illustration : image de sa rencontre de remerciement au président Ouattara suite à la délivrance de son certificat de nationalité. Image de son certificat de nationalité du 8 juin 2020. Image de l’article sur la publication d’une conversation privée. Image de son enrôlement à l’ambassade de Côte d’Ivoire en France. Lien du tiktokeur de Thiam qui partage une conversation privée.
1 – Côte d’Ivoire : Un activiste pro-Thiam fait fuiter une conversation privée du ministre Sansan Kambilé et s’expose à des sanctions. Prince Beganssou 